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12/01/2007
L'Evolution du Rotary
par Yves Chevalley
 

Que réserve l'avenir au Rotary ? En répertoriant les professions représentées dans un jeune club d'une grande ville, je me suis aperçu que ce club comportait, sur vingt-cinq membres, sept conseils ou consultants. Effet de l'âge, sans doute... je ne savais pas que dans la société française, le conseil avait pris une telle importance par rapport à l'action.

Aussi je me suis penché sur cette évolution du recrutement professionnel dans cette société bourgeoise que constituent les clubs.

A ses débuts en France, le Rotary recrutait dans une bourgeoisie, dite "louis-philipparde", méprisée à tort car ce sont ces entrepreneurs, certes intéressés au premier chef par le gain financier, qui ont fait la France riche et moderne et ont joué un rôle central dans le fonctionnement de la démocratie.

Une caractéristique de ces Rotariens, était qu'ils faisaient partie des "catégories sociales exposées du secteur privé". En un mot : "si tu ne bosses pas tu ne bouffes pas !"

Puis, à partir des années 70, le Rotary a recruté parmi ceux qu'il est convenu d'appeler les travailleurs du savoir, en gardant toujours à l'esprit de choisir les meilleurs, enseignants de haut niveau, journalistes, professions médicales et juridiques. Ces travailleurs du savoir ont enrichi les clubs en étant amenés à rencontrer une autre catégorie sociale : les entrepreneurs qu'ils ne connaissaient pas et méprisaient parfois.

En même temps apparaissent les catégories sociales "protégées" : fonctionnaires et salariés des entreprises publiques ou des grands groupes comme la sidérurgie ou les mines. Qui peuvent se définir trivialement par "si tu ne bosses pas, tu bouffes quand même". A ceux-là, et par suite du vieillissement des membres, s'ajoute une autre catégorie protégée : les retraités.

L'importance de cette catégorie "protégée" par rapport à la catégorie d'origine "exposée", fait que l'ambiance et l'esprit des clubs commencent à changer.

Puis, la pression sur le recrutement, venant du Rotary International, devenant de plus en plus forte, apparaît une nouvelle population. En effet, parmi les entrepreneurs, de moins en moins nombreux, de plus en plus mobiles, de plus en plus absorbés par leur travail, le recrutement commença à se tarir, obligeant à puiser plus largement parmi d'autres postulants.

Ces candidats se divisent en deux catégories :

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La première rassemble, comme le chante Jacques Brel, "ceux qui veulent avoir l'air et n'ont pas l'air du tout". C'est-à-dire avoir l'air d'être riches alors qu'ils ne sont que des frimeurs, avoir l'air de posséder un savoir alors qu'ils ne savent que baratiner des lieux communs, recueillis dans la presse people ou en regardant TF1.
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La deuxième est composée de ceux qui ne voient dans le Rotary qu'un réseau relationnel, permettant de faire des affaires avec les Rotariens. Si certaines banques ont payé la cotisation de leurs directeurs d'agence locale, ce n'est certainement pas par altruisme ou soutien aux ouvres rotariennes.

Quelle est à présent la situation de la majorité des clubs : présence fortement majoritaire des catégories sociales protégées, disparition des entrepreneurs qui n'ont plus le temps, le goût ou l'envie de rencontrer des Rotariens qui ne les comprennent pas. Donc, apparition de clubs qui privilégient la convivialité des repas et des rencontres, versant dans l'autosatisfaction avec un effectif qui se maintient ou même s'accroît. Il reste cependant d'une part quelques clubs de petites villes dont l'effectif diminue par refus d'accueillir des membres de moindre qualité, qui vont finir par disparaître. Et, d'autre part, quelques clubs, en général dans les grandes villes, restant fidèles à l'esprit de Paul Harris car disposant d'un vivier d'entrepreneurs et de travailleurs du savoir leur permettant de recruter en gardant l'esprit d'origine.

Alors que nous réserve l'avenir ? Il y aura de plus en plus de Rotariens, mais il n'y aura plus de Rotary. Ce qui donnera entière satisfaction à Evanston ; plus de membres cotisants correspondent à de plus grandes rentrées financières. Ces Rotariens, sans imagination pour réaliser des actions locales, les sous-traiteront de plus en plus à PolioPlus, à la Fondation Rotary ou à des organisations de leur ville. Comme les "nouveaux Rotariens" sont parcimonieux, ils utiliseront pour ce faire l'argent des cotisations des membres qui ne peuvent assister aux repas et aux apéritifs (en raison de l'âge, maladie, contraintes professionnelles ou familiales). Ils feront fuir les entrepreneurs et les travailleurs du savoir qui appartiennent à un monde de pensée différent.

Ainsi, leur club deviendra-t-il, citons Chateaubriand, le cimetière des illusions... "Là où dorment dans l'oubli des poètes sans gloire, des orateurs sans voix, des héros sans victoires».

Aussi faudrait-il revenir à la règle d'origine : sélection des candidats, actions locales et originales, en particulier en faveur de la jeunesse, dans l'esprit d'un club imaginatif, altruiste, réducteur de la fracture sociale. L'évolution du Rotary International poussant au recrutement pour augmenter les revenus et les dons à la Fondation, me semble rendre cette réforme actuellement impossible.

 

Yves Chevalley

RC Commercy, Gouverneur 2001-2002
Le Rotarien - Janvier 2007

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